2.1 Sélection indirecte, tri des élèves et composition sociale des établissements
L'analyse des dynamiques institutionnelles au sein du système éducatif flamand met en évidence la manière dont la coexistence des réseaux d'enseignement officialise des clivages structurels durables. Au niveau méso-institutionnel, l'autonomie conférée aux pouvoirs organisateurs active des mécanismes de sélection indirecte qui modifient profondément la composition démographique et sociale des établissements scolaires (Böttcher, 2019). Cette structuration institutionnelle engendre une forme de ségrégation de première génération, marquée par une distribution asymétrique des élèves selon leur milieu socio-économique entre les réseaux d'enseignement officiel et libre confessionnel (Mickelson, 2007). L'exercice du libre choix par les familles, caractéristique du modèle de quasi-marché, interagit systématiquement avec le volume de capital culturel disponible et la structure des réseaux relationnels des parents (Raabe, 2022). Ces processus de filtrage et d'agrégation d'élèves aux profils homogènes consolident des effets de pairs différenciés, qui amplifient les écarts de performance avant même l'intervention des programmes pédagogiques (Raabe, 2022). Dès lors, l'organisation autonome des réseaux ne garantit pas une neutralité éducative, mais opère comme un dispositif de stratification où les opportunités d'apprentissage demeurent tributaires du statut symbolique et de la composition sociologique de chaque établissement (Mickelson, 2007; Böttcher, 2019). Cette réalité empirique confirme que les disparités inter-réseaux constituent la résultante directe de mécanismes institutionnels de sélection plutôt que de simples variations de compétences individuelles.