2.1. Les classes préparatoires comme filtres socioculturels et vecteurs de transmission
L'analyse sociologique du dualisme universitaire français révèle que la séparation institutionnelle entre universités et grandes écoles opère une sélection qui transforme le capital culturel hérité en mérite scolaire individuel. Au sein de cette architecture éducative, les classes préparatoires et les grandes écoles constituent les instances privilégiées de consécration d'une noblesse d'État, où l'acquisition d'un capital symbolique et la formation d'un esprit de corps assurent la reproduction des hiérarchies sociales dominantes (BOURDIEU, 1991). Ce processus ne repose pas uniquement sur des compétences purement académiques, mais sur une affinité d'habitus qui privilégie les dispositions intériorisées propres aux classes supérieures. Dans cette perspective, l'espace de l'enseignement supérieur s'articule comme un champ structuré par des stratégies institutionnelles de distinction et d'allocation des positions de pouvoir (FIELDS, 2020). Alors que les filières universitaires générales accueillent une population étudiante plus hétérogène, les grandes écoles maintiennent leur exclusivité en valorisant des critères d'évaluation implicites qui favorisent la familiarité avec la culture académique légitime. Les dispositifs d'accès sélectifs renforcent ainsi la conversion des ressources économiques et sociales en titres scolaires à haute valeur marchande et symbolique. La légitimation de ces écarts de trajectoire neutralise la contestation des inégalités de classe en les présentant sous les traits d'une hiérarchie naturelle des aptitudes intellectuelles. Dès lors, la division structurelle de l'enseignement supérieur consolide la fermeture sociale des cercles décisionnels au détriment des formations universitaires non sélectives, perpétuant ainsi une asymétrie durable des destinées professionnelles.