1. Cadre institutionnel et déterminants structurels de santé en milieu insulaire ultramarin
L'analyse théorique des disparités de santé dans les espaces ultramarins repose sur l'articulation fondamentale entre l'intégration statutaire et les contraintes géographiques propres aux milieux insulaires. L'alignement progressif sur le cadre institutionnel républicain ne résout pas automatiquement les ruptures d'accès aux infrastructures sanitaires, comme le démontre l'observation des trajectoires départementales comparées entre La Réunion et Mayotte (La départementalisation de Mayotte, 2012). Dans cette perspective, la transposition formelle des normes administratives et hospitalières nationales se heurte à des dynamiques historiques singulières ainsi qu'à une vulnérabilité socio-économique profonde qui complexifient durablement l'organisation des soins primaires et des actions de prévention. Parallèlement, l'environnement maritime et insulaire constitue une variable spatiale déterminante qui conditionne à la fois l'enclavement géographique, les évacuations sanitaires, la mobilité quotidienne des patients et la diffusion des risques épidémiques, faisant de la mer un facteur particulièrement ambivalent pour le développement et la résilience sanitaire territoriale (La mer, menace ou espoir, 2012). Dès lors, appréhender les inégalités sanitaires dans les territoires d'Outre-mer exige de dépasser une approche strictement biomédicale afin de mobiliser une grille de lecture institutionnelle et territoriale cohérente. Cette théorisation met en évidence les décalages structurels persistants entre l'universalité théorique des droits sociaux garantis par l'État et leur effectivité pratique dans des collectivités confrontées à l'éloignement et à de fortes tensions démographiques. Les politiques publiques sanitaires doivent en conséquence intégrer ces spécificités insulaires pour refonder durablement l'équité territoriale des soins.