2.2 Indicateurs qualitatifs et macroéconomiques du partage des risques démographiques
L'analyse méthodologique de la justice distributive appliquée aux réformes des régimes de retraite requiert une grille d'évaluation capable de concilier la contrainte de soutenabilité budgétaire et les impératifs d'équité intergénérationnelle. Dès lors, l'approche retenue dans cette recherche repose sur une double dimension analytique, combinant l'évaluation macroéconomique des dépenses publiques de vieillesse et l'examen normatif des arbitrages sociaux (IMF, 2014). En effet, restreindre la mesure de l'impact des réformes aux seuls indicateurs comptables immédiats occulterait les conséquences asymétriques subies par les cohortes d'actifs et de futurs retraités, notamment face au vieillissement de la population et aux risques d'érosion de la couverture sociale (IMF, 2014). Afin d'éviter cet écueil méthodologique, notre protocole intègre le questionnement fondamental sur les transferts entre générations au-delà du seul cadre des régimes par répartition (Falkingham et Johnson, 2007). L'évaluation ne saurait isoler la politique des retraites de l'ensemble des mécanismes de redistribution publique, car la répartition du fardeau démographique doit être appréciée à la lumière des principes de solidarité et de liberté qui sous-tendent les choix institutionnels (Van Parijs, 2003). Ainsi, la démarche qualitative et comparative adoptée ici examine comment les critères de justice sociale s'articulent avec les ajustements de l'âge de départ et des cotisations (Van Parijs, 2003). Cette méthodologie permet d'appréhender de manière cohérente la redistribution intragénérationnelle et intergénérationnelle, en confrontant les impératifs de discipline budgétaire aux exigences éthiques d'une couverture équitable face aux mutations structurelles du marché du travail et à l'évolution de la fécondité (Falkingham et Johnson, 2007).